• Quand on se trouve bien et à l'aise dans la mer , l'envie de naviguer se présente forcément un jour ou l'autre . En ce qui me concerne , il a fallu attendre de nombreuses années avant de " passer à l'acte " . En effet , une succession invraisemblable de fâcheux contretemps a repoussé sans cesse mes débuts de " marin " !
    Jugez plutôt ...
    Lors de mon congé , au retour du premier séjour en Afrique , je m'inscris à un stage d'initiation à la voile au mythique centre des Glénans . Deux jours avant le début de la formation , je suis hospitalisé pour une opération chirurgicale !
    Quelques années plus tard , je reçois un super cadeau d'anniversaire : une semaine de navigation au large sur le Bélem , le fameux trois mâts au gréement ancien . J'ai reçu et dévoré le manuel du parfait gabier , qui va me permettre de participer aux manoeuvres en  chantant gaiement : hisse et haut !! Le jour du départ à Cherbourg , un dimanche , une grave panne automobile m'immobilise .. et le bateau part sans moi !!!
    Dans la foulée , deux stages auxquels je dois participer sont annulés pour cause de météo déplorable !
    Un peu plus tard , au cours d'un salon nautique , je rencontre Marc Linsky ,navigateur passionné , qui forme à la navigation hauturiére . Nous sympathisons . Je lui fais part de mes déboires et de mon début de découragement . Il me remonte le moral et me propose une place qui lui reste sur un prochain stage dont il sera le skipper . J'accepte et repars gonflé à bloc ! Ironie du sort , j'apprendrai beaucoup plus tard que mon frére Victor a été le premier stagiaire formé par ses soins !!
    Quinze jours  aprés cette entrevue , sur un ponton , au vieux port à Marseille , j'attends en compagnie de six autres personnes l'arrivée du voilier sur lequel nous devons embarquer . Enfin ! je vais enfin découvrir la haute mer , et  qui plus est , avec un skipper de choix !
    A midi , quelq'un de la capitainerie vient nous annoncer que l 'épave du voilier a été retouvée vers les calanques . Marc revenait de Corse avec son pére . Le cadavre de ce dernier était retenu par un filin au bateau . Le corps de Marc n'a jamais été retrouvé ...
    j'ai téléphoné à Isabelle , son épouse , puis je suis allé à la gare St Charles . J'ai pris un moyen de locomotion de terrien pour rentrer à Lyon . Je me suis enfermé dans le w.c et là , j'ai chialé comme un gosse , de rage et de tristesse .
    Devant un tel acharnement du sort , d'aucuns auraient vu un signe du destin . Eh bien , c'est exactement ce qui m'est arrivé ! Et je me suis juré , comme dans la fable , qu'on ne m'y reprendrait plus .

    Les années ont passé .. Un soir d'été , en baguenaudant dans le port de Lorient , je suis intrigué par la présence d'un grand nombre de personnes arrêtées devant un grand voilier . Victime sans doute du réflexe pavlovien du marin qui sommeille en moi , je m'approche . Une grande pancarte est installée sur le quai . On peut lire : " Venez découvrir un voilier d'exception . Entrée libre et gratuite " . Sans m'en rendre vraiment compte , me voici sur le pont , écoutant , émerveillé , le skipper " raconter " son bateau avec passion . Je retiens qu'il s'agit d'un 51 pieds baptisé "la Poste " , conçu pour la course au large et qui vient de participer à la derniére Whitbread ( course autour du monde en équipage ) !! Tabarly en a même été le skipper pendant une étape de cette course ! L'actuel propriétaire qui a rebaptisé le bateau " Analogie " , est un homme affable , au visage buriné , à la barbe poivre et sel , les yeux bleu azur . On sent que sa place est là , sur ce voilier , avec ce voiler ! Excellent pédagogue , son ambition est d ' utiliser les qualités de ce bijou des mers , pour former des vrais marins et perfectionner ceux qui le sont déjà
    Guy-marie est devenu l'un de mes meilleurs amis . J'en ai effectué des milles et des milles sur Analogie , à ses côtés , toujours avec des équipiers dont il savait tirer le meilleur , pour un fonctionnement harmonieux de l'équipage et du bateau.
    J'ai navigué en Manche , en Méditérannée , dans l' Océan Atlantique ...
    Mon souvenir le plus fort : la premiére fois que j' ai vu la côte disparaitre petit à petit et s'estomper définitivement , jusquà ne plus entrevoir que le rai lumineux des phares rouges et verts matérialisant l'entrée du port , et puis plus rien , rien que 8 personnes sur un engin flottant vaille que vaille sur un océan en colére ce jour là !  Sensation intense de liberté et simultanément crainte de l'inconnu ..
    Au grand dam de Guy-Marie , je ne suis jamais devenu vraiment un marin ! J 'ai toujours été plus intéréssé par l'environnement maritime et l'aventure humaine que par le fait d ' éxécuter telle ou telle manoeuvre pour faire avancer l'embarcation le plus vite possible !!
    Cependant , je dois bien avoir certaines qualités qui plaisent aux marins car j' ai été plusieurs fois invité à participer à des navigations au large .
    Je me souviens en particulier du convoyage d' un Swann , bateau de pdg ,aux dimensions impressionnantes et au luxe incroyable : ( la rolls des mers , dit-on ). Convoyage du Lavandou à Lorient , soit une
    quinzaine de jours de croisiére , avec le même G.m au manettes  et Pierre , son second plus 5 équipiers dont un amiral à la retraite et une jeune femme marin confirmée . Le skipper étant hors quart , comme le veut la tradition , nous nous organisâmes en 2 bordées de 3 , la bordée de service étant chargée de la responsabilité du bateau , de l'équipage et des tâches moins nobles comme la bouffe et la vaisselle !!
    Tirage au sort : bordée n° 1 : Christine désignée comme chef de quart , l'amiral et votre serviteur . Imaginez la tête de l'amiral apprenant qu'il ne serait pas chef de quart , mais qu'il devrait en plus obéir à une jeune femme , aussi qualifiée soit elle !!
    La situation s'est vite dégradée , le gradé étant devenu odieux .. La pauvre Christine avait du mal à gérer cette situation . Avec son accord , une nuit de gros temps , j'ai pris les choses en main et presque manu militari , je l'ai obligé (avec une certaine délectation , je l'avoue ,) à effectuer les fameuses tâches subalternes !! Les choses se sont un peu arrangées aprés cela .
    Et puis , en entrant dans le golfe de Gascogne (il porte bien son nom celui-là !) avec ses habituels bastons , nous avons pris conscience avec stupeur que l'amiral avait peur !! J'ai oublié de vous dire qu'il était dans les sous marins . N'étant plus protégé par sa coque et son statut , il devenait quidam dans un environnement hostile !
    Passé le fameux golfe , le voyage fut un pur bonheur . Tant qu'on n'a pas pris le quart , la nuit , à discuter avec les étoiles  ou les poissons phosphorescents , tout en étant conscient qu'on est responsable de la vie de l'équipage et du bateau  si on n'est pas attentif au trafic maritime , on n'a pas tout connu .

    J'ai vécu 2 événements qui ont compté pour moi et qui ont rapport à l'univers maritime . Je vous en ferai part .

    Les histoires d'eau , ce n'est pas toujours un long fleuve tranquille ! Aprés maintes péripéties , Guy-Marie est devenu chauffeur de taxi et s' est séparé de son bateau . Nous nous sommes perdus de vue , mais je ne le remercierai jamais assez de m'avoir fait découvrir et aimer l'univers maritime .

    1 commentaire
  • Depuis tout petit , je me suis senti à l'aise dans l'eau . Né sous le signe des poissons dans un petit village appelé Fontaine , il ne pouvait pas en être autrement ! Avec quelques membres de la fratrie , nous allions souvent faire trempette dans les marais , tout prés de la maison familiale . J'ai le souvenir d'une petite riviére que nous appelions " nancy " ou "hansy" , je ne sais plus . C'est là que nous apprîmes à nager .
    C 'est d'ailleurs dans cette même riviére que le pére et les grands fréres allaient nuitamment et en toute illégalité , exercer leur talent halieutique . Equipés de fouënes , ils rentraient au petit jour , avant le réveil du garde-pêche , les brocs remplis d'anguilles gluantes .. Nous en avons mangé et remangé de ces anguilles ! Personnellement j'adorais ...
    La mer n'était pas trés loin : une dizaine de kilométres peut-être . On traverse Isigny/mer , sans oublier de saluer au passage son fameux caïeu , puis à l'entrée d' Osmanville , vous prenez à gauche et vous arrivez à Géfosses . Encore quelques centaines de métres et vous y êtes .
    La première fois que je suis venu ici , c'était en famille , au rytme lent d'une charette et de son cheval . Mon premier contact avec les vagues fut un ravissement qui ne s'est jamais démenti depuis . Aujourd'hui encore , je ne connais guère de sensation plus agréable que celle de se laisser porter, tout nu de préférence , par le flux et le reflux d'une mer agitée . Nager juste ce qu'il faut pour ne pas couler.. J'ai quelque fois l'impression d'être poisson parmi les poissons et de revenir à mes origines .

    Mon passé africain d'hydrologue fut aussi une histoire d'eau , mais un peu moins agréable au niveau des sensations !! Passer des heures durant , en plein cagnard , assis dans un zodiac , à mesurer le débit de la Volta Noire , cela n'a rien d'une partie de plaisir !. Il faut se battre continuellement contre les moustiques ou autres insectes non identifiés , se protéger contre l'insolation , veiller à ce que l'embarcation reste bien dans l'axe du fleuve , espérer qu'un hippopotame facétieux n'aie pas envie de prendre l'air en passant sous le bateau .. L'eau dans ce cas là devient un environnement hostile . Et que dire des mesures effectuées  dans les marigots !!! Là , il faut rentrer dans cette eau boueuse et glauque . Vous sentez vos doigts de pieds s'enfoncer en éventail dans une vase chaude et gluante . Des chatouilles entre les orteils vous indiquent qu'il y a de la vie la dedans !!! Le reste du corps , quelque fois jusqu'aux épaules , baigne dans cette eau latéritique où se développent à l'envi , amibes et autres sympathiques vecteurs de maladies tropicales ,qui feront partie trés longtemps de mon quotidien !! Content d'en avoir terminé , vous ressortez de là couleur "peau rouge" , et vous n'avez plus qu'à vous débarasser des quelques sangsues qui se sont accrochées à vos jambes .

    Malgré ces expériences un peu particuliéres , je resterai attiré par l'eau et vous ferai part prochainement de mon vécu de " marin " !



    2 commentaires
  • Il me semble que le Burkina Faso (anciennement Haute Volta ) , est un condensé du néocolonialisme sous ses formes diverses .
    De l'indépendance jusqu'en 1966 , ce pays était dirigé par Maurice Yaméogo , ami d ' Houphouët , dans un premier temps tout au moins . Comme dans d 'autres colonies , aprés quelques années , le peuple voyant que sa situation ne s'améliorait pas et que les dirigeants menaient grande vie , des manifestations de mécontentement se succédérent .. Sous la pression insistante des syndicats nouvellement créés et des chefferies trés influentes , " monsieur Maurice " dut démissionner . Ce fût le premier " coup d'état " version light ..Le lt colonel Sangoulé Lamizana , chef d'état major des armées , prit les choses en main . Selon la grande tradition militaire , il jura qu'il ne resterait au pouvoir que le temps nécessaire à la remise en ordre du pays et la lutte contre la corruption . Les années passèrent .. Il y eut des concessions faites aux oppositions , des progrés dans différents domaines , mais peu de transformations pour le quotidien des voltaïques . Les dirigeants successifs continuérent à mener grande vie sous l'oeil bienveillant de la  " mère patrie " !!!
    Et puis , en 1983 , le capitaine Thomas Sankara prit le pouvoir ! Mais ce ne fut pas un éniéme coup d'état ... Ce fut une Révolution !!!!
    Il transforma tout d'abord le nom de son pays qui devint le Burkina Faso :( en moré le pays des hommes intégres ) . Tout un programme ...
    Je ne vais pas parler ici de son programme ni de ses réalisations . Chacun le sait , pourvu qu'il s'intéresse un tant soit peu à l'Afrique . Je rappelerai simplement qu'il a rendu leur dignité à tous les Africains , qu'il a imposé l'austérité à lui-même et à ses ministres : suppression des grosses cylindrées pour des petites R5 , voyages en classe économique etc ... et  qu'il a osé dénoncer devant Mitterand , le néocolonialisme français !!!!
    Là , c 'en était trop .. Jusqu'à son assassinat en 1987 , Sankara , par ses actions anti-impérialistes et panafricanistes , devint le héros d'un continent !
    Cela dérangeait  par trop les plans de la France et les gouvernants des pays voisins prirent peur ... La fin tragique de Sankara était inéluctable .
    La Françafrique avait gagné !!
    L'actuel président , Blaise Compaoré , l'ami , le frére , le responsable de sa mort dit on à Ouagadougou , lui succéda à la tête du pays .

    Peu de temps aprés , les grosses cylindrées réapparurent , signe que la révolution était terminée .. On respira mieux dans les capitales voisines et on est en droit de penser que Mitterand et Chirac se félicitérent de la fin "heureuse " de cette aventure !


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